Jura-Afrique

« Il reste encore des défis »

Pour en savoir un peu plus sur les impacts positifs du Programme d’Appui à l’Alphabétisation Intégrée et d’Autonomisation des agro-éleveurs, financé par Jura-Afrique Suisse, le responsable de l’Alphabétisation, Monsieur KPEROU Adda, s’est approché de quelques apprenants, maîtres alphabétiseurs, responsables des Walde Jangoobe (comité de gestion des centres) et des  PINAL MEN.
Suivons leur dialogue
KPEROU  Adda : Ourahi Sambo, vous êtes maître alphabétiseur depuis 2014, qu’est-ce que cela vous  a apporté ?
Ourahi Sambo : Tout d’abord, je sais que six mois sur douze j’ai un salaire de 30’000 FCFA. Avec ce salaire, j’assure en grande partie les frais de scolarité de deux enfants que j’ai envoyés à l’école. De la même manière, quand un membre de ma famille est malade, j’assure facilement les frais médicaux. Ma satisfaction est grande car de 2014 à 2016, j’ai alphabétisé plus de 100 personnes de mon village. Aujourd’hui, ils savent lire, écrire et assurer la bonne gestion de leur ménage. Une personne alphabétisée acquiert non seulement du savoir mais aussi le savoir-faire et le savoir être. Par exemple, elle peut appliquer facilement des techniques agropastorales et organiser son environnement de vie pour le rendre plus agréable.
KPEROU  Adda : Quant à vous, Dotia Malam, vous êtes  en train de suivre les cours d’alphabétisation d’appui  depuis 2014, qu’est-ce que cela vous a apporté ?
DOTIA Malam : Aujourd’hui, je suis en mesure de lire des panneaux d’affichage, je peux également lire et écrire des SMS sur mon téléphone portable. Je peux lire le montant de la facture d’une ordonnance et savoir si un produit vétérinaire est périmé. Grâce au développement des compétences techniques et professionnelles, j’ai appris à fabriquer des pierres à lécher pour assurer un complément alimentaire pour mes animaux. J’arrive également à identifier les signes des maladies courantes et leurs différents modes de traitements.
KPEROU  Adda : Issa Bouari, vous êtes, depuis 2014, le président de PINAL MEN de Cobly, qu’est-ce que cela vous  a apporté ?
ISSA BOUARI : Cette position m’a permis d’acquérir les capacités de mobilisation des apprenants et apprenantes autour du centre d’alphabétisation et aussi d’apprendre à prévenir les conflits entre les agriculteurs et les éleveurs pour une cohabitation pacifique.
KPEROU  Adda : Kouri Gouni, vous êtes aussi en train de suivre les cours d’alphabétisation d’appui  depuis 2014, qu’est-ce que cela vous  a apporté ?
KOURI Goni: Avant la scolarité des enfants ne m’intéressait pas du tout mais depuis que je suis alphabétisée, j’ai compris toute l’importance de savoir lire et écrire. Actuellement, j’ai envoyé deux de mes enfants à l’école et je suis attentive à leur assiduité. Je n’accepterai plus qu’ils abandonnent.
KPEROU Adda : Soumanou Silfatou, vous êtes élève en classe de 3e, comment vous y êtes arrivée?
SOUMANOU  Silfatou : Après avoir fait deux ans de cours d’alphabétisation, j’ai suivi le cours de français fondamental, ce qui m’a permis d’être acceptée directement au Cours Elémentaire niveau 2, d’où j’ai suivi le cursus normal de l’école formelle. Actuellement je suis en classe de 3ème où je prépare mon brevet d’étude du premier cycle.
KPEROU Adda : Beidi Ousmane, en tant que membre de PINAL MEN, qu’est-ce que vous considérez comme défis ?
BEIDI  Ousmane : Le programme d’alphabétisation intégrée et d’autonomisation des agro-éleveurs a  favorisé  un développement humain de plus 2000 personnes. Toutefois d’énormes défis restent encore à relever : la participation accrue des femmes; l’implication des autorités politico-administratives en offrant à l’apprenant la possibilité de réinvestir les acquis de l’alphabétisation dans sa vie quotidienne; la mise en place d’un mécanisme permettant une participation financière accrue des populations par le développement d’activités génératrices de revenus (transformation des produits agricoles et laitiers); et le développement de l’esprit d’entreprenariat au sein des apprenants et apprenantes.                                                                        

Propos recueillis par Boni Laya,
Chargé de programme, Potal Men